Racines de Terriens

Les jardins de la Gardie

La vie passionnante des hommes et des plantes en basses Cévennes

 

Les jardins ethnobotaniques de la Gardie sont le fruit d’un engagement citoyen pour un territoire, une nature, un patrimoine. A l’origine du projet, point de savant, juste des hommes et des femmes passionnés de vie et conscients des enjeux en action sur leur territoire. Comme à l’image de l’Avène qui coule sur ces terres, les savoirs et savoir-faire naturalistes se sont glissés du passé au présent nous rappelant l’histoire de l’homme et de la nature.

Ici le temps se veut impalpable, comme suspendu entre les mondes. Témoignage vivant des relations historiques entre l’homme et la nature dans les basses Cévennes à vocation de mémoire, de revalorisation, de conservation, de protection de la nature, d’éducation, de recherche, de diffusion, d’échange voire de recomposition vivante de savoirs autour de l’environnement naturel. Aujourd’hui huit centres d’intérêt vous invitent à la rencontre des plantes au rythme des saisons et à la découverte du patrimoine sur le site de la Gardie. La flore sauvage, les variétés anciennes cultivées, les savoirs naturalistes et populaires qui s’y rattachent sont les points fondateurs et fils conducteurs des jardins de la Gardie.

Ceux-ci s’articulent suivant une philosophie propre à l’association que nous nous évertuons à faire vivre dans nos jardins : par le passé on désignait les choses, on les connaissait directement (nom de lieux, des plantes etc…) et de fait, on les respectait. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde conceptuel loin des réalités du vivant. La planète en subit les conséquences et l’équilibre psychique de l’homme moderne se retrouve dénué de sens véritable. Nous avons un besoin urgent d’actions citoyennes en faveur de la nature et du bien être humain.

L’association ARC’Avène et l’association Racines de Terriens, sur le site des jardins ethnobotaniques de la Gardie, proposent dans ce sens d’éduquer petits et grands à explorer ce lien avec la nature par un apprentissage actif afin d’amener à la connaître, la respecter, la protéger. L’ensemble du projet des jardins, tant éducatif que culturel, se base sur la transmission des savoirs de manière directe, c’est-à-dire pas uniquement par l’intellect mais aussi par les cinq sens et la mémoire kinésique. Ce lieu, garant d’une mémoire et d’une transmission directe et vivante des savoirs et savoir-faire traditionnels naturalistes des basses Cévennes, devient l’accompagnateur silencieux des mutations des systèmes de pensées concernant les rapports de l’homme et la nature.

 

Une histoire entre des hommes et un territoire

Question première des carrières

Niché dans les basses Cévennes gardoises, le site de la Gardie qui abrite les jardins n’est autre qu’un ancien espace agricole et minier devenu propriété de la commune de Rousson depuis 1983. Ici, paysans, bergers, ouvriers, bûcherons, fortement ancrés dans une société rurale, ont façonné le paysage et domestiqué leur environnement au fil des siècles. Partout les vestiges des différentes époques du passé rappellent à l’homme les liens intenses qu’il entretenait avec la nature : enclos de pierre sèche, cheminement, source aménagée, système d’irrigation, trace d’exploitation minière, vieux mûriers…

Territoire d’intense activité humaine depuis la préhistoire jusqu’à l’ère du modernisme, ce sont un jour des carrières de calcaire qui sont venues s’installer. Lorsque les maisons ont commencé à se fissurer, la nature à pleurer et les familles à déserter, quelques citoyens riverains de l’exploitation se sont alors organisés en association pour lutter contre l’extension de ces carrières et la disparition de leur patrimoine.

Crée en 1989, l’association ARC’Avène, Association des Riverains des Carrières de Croix de Fauvie Pont d’Avène, avait comme objectifs premiers de défendre, protéger, valoriser l’environnement et le cadre de vie des riverains et d’œuvrer pour l’arrêt définitif de l’exploitation des carrières sur les secteurs Pont d’Avène et Croix de Fauvie. En 1990 une zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique pour le Valat d’Arias – Rivière d’Avène est répertoriée[1], en juillet 1991 le second arrêté de biotope du Gard paraît et protège la vallée de l’Avène. Puis vient le non-renouvellement des droits d’exploiter les carrières en 1994 et 2001.

Naissance du projet des jardins

Porté par l’effervescence des actions en faveur de l’environnement dans les années 1990, le projet des jardins ethnobotaniques germe à l’initiative de l’association ARC’Avène grâce à différentes collaborations associatives avec la MNE[2] d’Alès, la FACEN[3], la SPN[4], la Garance Voyageuse, les Ecologistes de l’Euzière et l’assocation Fruits Oubliés. Dès 1996, les bénévoles de l’association obtiennent pour leur projet de revalorisation du site de la Gardie une subvention pour la création des jardins par la commune de Rousson, Conseil Général du Gard, Région Languedoc Roussillon, Direction régionale de l’Environnement et de la Nature, Feder (Fonds Européens), Fondation Générale des Eaux, PNC. Les jardins ont été réalisés sur un terrain municipal entre 1998 et 2001, l’inauguration officielle n’aura lieu qu’au printemps 2001. En 2002, les bénévoles construisent la serre bioclimatique. Les jardins existent, les activités d’accueil et de partage se développent sur le site.

Objectifs évolutifs

La question première posée par l’association ARC’Avène s’élevait en cri d’opposition aux carrières pour la sauvegarde du patrimoine local et le bien être des populations. Elle s’est ensuite transformée afin de répondre aux nouveaux besoins une fois les carrières fermées. Les statuts de l’association ont été révisés en 1993 afin d’y intégrer la gestion des jardins ethnobotaniques de la Gardie, la protection de l’environnement, la conservation et transmission des savoirs et savoir-faire locaux : transmettre des savoirs, enseigner pour que la connaissance de ceux qui nous ont précédés ne se perde pas.

Le moyen associatif

Fonctionnement

Pour poursuivre ces objectifs l’association ARC’Avène s’est dans un premier temps appuyée exclusivement sur sa force bénévole et citoyenne. Un chantier d’été international a permis en 1990 le premier débroussaillage du futur jardin de simples. Depuis cette date l’association accueille des stagiaires qui participent au développement des jardins et des activités d’animation : BEPA, BTS, BEATEP, élèves ingénieurs de l’école des mines d’Alès.

Depuis 2003, des chantiers d’insertion autour de la pierre sèche et des jardins sont menés chaque année sur le site. Ils permettent d’une part le tissage du lien social en favorisant le retour à une activité  professionnelle de personnes sans emploi et d’autres part la restauration et l’entretien du site : restauration de murs en pierres sèches, habillage du mazet vigneron, pose d’un four à pain, construction du pont du verger, de l’escalier, réhabilitation de la source, entretien des jardins…

Petit à petit des salariés sont venus renforcer l’équipe bénévole. Aujourd’hui, nous comptons un jardinier, une animatrice, un agent de développement, une comptable, trois encadrants chantier, un responsable du suivi social chantier et douze agents polyvalents sur le chantier.

La gestion des jardins reste cependant difficile avec un fonctionnement basé en grande partie sur des contrats aidés. Leur durée ne permet pas de viabiliser des emplois et de former les salariés aux particularités d’un tel lieu. L’engagement des bénévoles reste donc indispensable pour le moment malgré leur essoufflement. La structure devenue importante avec ses 19 salariés pose aujourd’hui la question de la réorganisation de son fonctionnement afin de garantir la pérennité des jardins ethnobotaniques et des emplois.

Aujourd’hui, l’association fonctionne environ à 75% sur des subventions du Conseil Général du Gard, de la Région Languedoc Roussillon, du contrat de ville (Etat) et de Fondation et à 25% sur de l’autofinancement (animations, manifestations, ventes, visites). Elle a transmis le pôle éducation pédagogique à l’association Racines de Terriens.

 

Pôles d’activités et systémique

Grâce à cette organisation l’association ARC’Avène mène plusieurs activités qui s’orientent toutes dans l’intention commune de revaloriser le patrimoine naturel et culturel local, ainsi que de collecter, faire vivre et transmettre les savoirs et savoir-faire naturalistes cévenols sur le site des jardins.

culture et patrimoine, recherche ethnobotanique

Dans ce sens nous développons un axe culture et patrimoine, recherche en ethnobotanique qui comprend de la collecte de mémoire auprès des anciens du territoire, un travail sur la langue occitane, l’accueil d’étudiants chercheurs et l’édition de fascicules synthétisant nos recherches (pour 2008). Nous travaillons à la création d’une bibliothèque ainsi qu’au développement de la partie éco-musée avec la collection d’anciens outils et objets cévenols.

Les plantes en pratique

Les jardins représentent le lieu d’application des recherches, support vivant et dynamique de transmission. A vocation conservatoire, ils abritent l’essentiel de la biodiversité végétale locale ainsi que de nombreuses variétés anciennes devenues rares que l’on retrouve essentiellement dans les vergers. Nous récoltons nos graines et bouturons les plants afin d’entretenir nos plantations. La serre bioclimatique permet une petite production de plantes méditerranéennes, essentiellement aromatiques ou médicinales, destinées au renouvellement des jardins et à la vente.

Éducation et transmission

Les jardins comme support de l’axe éducation et transmission avec en premier lieu des animations destinées au public scolaire de la maternelle au lycée et un club Connaître et Protéger la Nature tous les mercredis après-midi. Nous souhaitons permettre aux enfants de se retrouver dans un espace naturel aménagé pour découvrir de façon ludique la diversité de la nature cévenole et de ces usages : apprendre à connaître et à se connaître en utilisant ses cinq sens pour mieux respecter en renouant avec un essentiel. Des manifestations ponctuelles permettent de transmettre les savoirs et de sensibiliser le grand public au patrimoine naturel et culturel local: week end mise à feu de charbonnière, journée moisson à l’ancienne, récolte de salades sauvages, bourse aux plants, soirée contes occitans. A l’heure estivale, des visites libres ou guidées ainsi que des « causeries » et conférences permettent de découvrir les jardins et les trésors de connaissance sur la nature que les hommes ont acquis au fil des siècles. Des stages et formations autour des techniques traditionnelles locales d’utilisation de la nature (agricole, plessis, pierres sèches …) et des savoirs naturalistes (cueillettes de plantes sauvages…) doivent se développer dans les années à venir.

Entrons dans les différents espaces des jardins

Cet ancien espace agricole réhabilité, devenu aujourd’hui lieu de rencontre et de partage,  revalorise tout au long du parcours d’environ 1,5 km le patrimoine naturel et culturel local avec ses murs en pierres sèches, ses enclos, sa source, ses cheminements, ses vieux mûriers… Laissez vous guider à la découverte de ces jardins en pénétrant dans l’étonnant monde des liens unissant l’homme et la nature au cours du temps représentés dans ces espaces anthropisés depuis des siècles.

Tel un puzzle, les jardins sont le fruit de nombreuses collaborations que vous allez découvrir en trouvant ci-dessous pour chaque espace sa description, son histoire, les objectifs poursuivis et les questions soulevés par sa gestion ou sa mise en forme. Sur le site, des panneaux de lave explicatifs (textes, photos et dessins) sont intégrés à l’entrée de chaque espace.

 


Verger mémoire

Ce verger se compose essentiellement d’oliviers, de vignes, de mûriers ; une haie arbustive à petits fruits,  niche écologique de première importance, en délimite un côté. Depuis l’antiquité, vignes et oliviers font partie intégrante du paysage méditerranéen. La transformation de leurs fruits en vin ou huile a fait la renommée, si ce n’est l’identité de la culture locale. Le mûrier pour sa part a eu une très grande importance économique dans la région (vers à soie).

 Dès le début du projet des jardins l’association « fruits oubliés » a travaillé avec nous à la réalisation de ce verger. Les premières plantations datent de 1998 et proviennent essentiellement de différentes pépinières. En 2003 nous avons construit un mazet vigneron à l’entrée du verger qui compte aujourd’hui 120 pieds de vignes dont certaines variétés très rares, 40 pieds de mûriers et 60 pieds d’oliviers.

 Ce verger mémoire  à vocation conservatoire offre des animations pédagogiques telles que : contes, questionnaires ludiques, jeux de piste, vendange avec les enfants (vieux outils) ainsi que des possibilités de formation sur la taille des oliviers et l’entretien du vignoble.

 On soulèvera ici les problèmes de suivi avec l’association partenaire qui s’est retirée du projet il y a quelques années emportant ses compétences spécifiques avec elle d’où certaines difficultés dans l’identification des variétés que nous allons résorber cette année. Sur un tel projet multi partenaires, quand les compétences externes s’en vont, il faut trouver d’autres personnes ressources à défaut de posséder les compétences en interne.

 

Parcelle céréales et compagnie

Entourées d’une clôture en châtaignier et d’une haie semi sauvage, les variétés de céréales Languedociennes ; pétanielle, saissette, touzelle… sont accompagnées de la flore traditionnelle des moissons ; coquelicots, bleuets, nielles… appelées souvent « mauvaises herbes » ou messicoles. Les impressionnistes (Monet, Van Gogh) ont magnifié dans des tableaux hauts en couleurs cette flore banale à leur époque et devenue rare.

 La présence de cet espace tient à l’engagement durable de l’association « La garance voyageuse » avec Pierre Sellenet, membre actif d’un réseau d’amateurs spécialistes des céréales. Les premières semences ont lieu à l’automne 1995. L’année suivante, nous implantons une haie arbustive. Les graines de céréales proviennent du réseau de semence paysanne ainsi que de l’INRA de Clermont Ferrand. Le réensemencement des messicoles est spontané, cependant certaines sont rajoutées lors du semis des céréales. Les graines de céréales sont récoltées et sont gardées quatre ans maximum avant d’être semées.

 De nombreuses variétés anciennes et populations de céréales ont disparu. Elles ont été oubliées ou elles sont reléguées dans les collections des obtenteurs de semences modernes, conservées dans les banques génétiques où leur patrimoine direct ou leur descendance permettent d’améliorer des variétés contemporaines. Ces variétés plus productives, gourmandes en fertilisants et en intrants, adaptées aux techniques agricoles actuelles ont peu à peu supplanté ces anciennes variétés. Notre souhait est de faire connaître quelques-unes d’entre elles et, pourquoi pas les diffuser auprès d’amateurs et de professionnels.

Le champ de céréales, avant l’avènement de la modernisation agricole, hébergeait souvent une soixantaine de messicoles et d’adventices des cultures différentes. Ces plantes utiles étaient employées par les hommes. Elles enrichissaient aussi l’agro-écosystème en nourrissant les insectes, les oiseaux et les mammifères. Cette biodiversité est aujourd’hui fortement menacée par les techniques modernes d’exploitation agricole. Quelques-unes comme la Nigelle de France (Nigella gallica Jordan) ou la Garidelle fausse nigelle (Garidella nigellastrum L.) sont conservées par des Conservatoires botaniques nationaux. Ces 2 espèces sont protégées par la loi, mais celle-ci exclut la parcelle cultivée du champ d’application de cette législation. Les messicoles hébergées dans notre parcelle “ Céréales et compagnie ” proviennent de rares champs de céréales d’hiver d’agriculteurs extensifs (qui n’emploient pas ou peu d’engrais chimique et jamais d’herbicide) de la région Languedoc Roussillon.

Au-delà de cet engagement citoyen pour la sauvegarde des semences, cette parcelle offre de riches animations avec petits et grands : semailles collectives, animation de la graine au pain (four à pain), journée moisson et battage à l’ancienne conviviale et collective (utilisation d’outils anciens).

 Cette parcelle soulève la question des compétences spécifiques du jardinier et des personnes qui entretiennent les jardins. Nous avons en effet eu des difficultés à garder une haie sauvage car l’entretien se fait souvent par des personnes de passage sur le chantier. Maintenir des espaces entre sauvage et cultivé nécessite une compréhension globale et détaillée de chaque espace afin d’être conscient des espèces à favoriser ou des indésirables. Il est difficile de former un jardinier classique aux méthodes utiles sur ce terrain dans le cadre des emplois aidés à durée déterminée. La formation de jardinier spécialiste de l’ethnobotanique semble de première importance à la pérennité des divers jardins dits ethnobotaniques.

 

Jardin botanique

Le site de La Gardie, à cheval sur le rebord cévenol acide et le début de la garrigue calcaire, comporte des habitats diversifiés par des variations climatiques et par des expositions et des substrats rocheux différents. Le jardin botanique, sous l’aspect d’une rocaille paysagère, rassemble quatre de ces différents milieux que l’on retrouve dans nos garrigues gardoises, chacun étant caractérisé par une flore spécifique,  parfois rare et en danger : La garrigue, les falaises calcaires qui accueillent des plantes inféodées à l’habitat comme l’ibéris des rochers ou l’alysson épineux, les sous-bois de chênes qui abritent la précieuse pivoine officinale, emblème de ce jardin, et enfin les terres rouges issues des stériles de l’exploitation des anciennes mines de zinc de la Gardie. Une flore spécifique s’y installe, comme l’armérie faux plantain, la jasione des montagnes, le tabouret bleuâtre et tolèrent ces métaux qui sont toxiques pour de nombreuses autres plantes.

 A l’image des relations empiriques entre l’homme et la nature, les jardins de la Gardie se sont composés au gré des rencontres. Le projet du jardin botanique était à l’origine destiné à un autre site. Il a été rapatrié en 1998 dans l’espace des jardins de la Gardie avec une subvention déjà acquise. De gros travaux d’aménagement tels que l’apport de blocs calcaires et de terre végétale du secteur ont été menés par une entreprise dès 1998. Un botaniste amateur, Francis Lagarde, porteur de ce projet, a recréé les quatre biotopes du jardin. La collecte des plantes et la mise en place au fil des saisons se sont poursuivies en 1999 ainsi que la pose d’un système d’arrosage à partir du local technique du verger mémoire. Les 107 espèces présentes viennent du milieu naturel sauvage et de graines prélevées dans la région.

 Le jardin botanique a pour objectif de sensibiliser le public sur la richesse méconnue de notre flore régionale. On y aborde les questions de biotope, sol, climat et de classification scientifique. C’est un espace représentatif du milieu sauvage pour le grand public et c’est aussi un outil offert aux scientifiques.

 La question récurrente à tous les jardins s’ouvre ici nous renvoyant d’un coup sec à nos modes de fonctionnement et nos carcans intellectuels : Comment transmettre ? Quelle médiation ? Etiquettes ou pas ? Quel choix faire ? Quel contenu ? Comment en apposant un écrit sur le vivant, transmettre de manière juste les différentes connaissances qui l’entourent ? Pour notre part, nous avons choisi de donner des informations écrites au visiteur afin qu’il puisse acquérir, s’il le souhaite, certaines connaissances théoriques au cours de sa visite libre. Les visites guidées avec leurs cortèges d’histoires, de mise en lumière des symboles et des relations du vivant viennent compléter de manière spécifique à chaque public ces informations écrites. On peut donc trouver au pied de chaque plante une petite étiquette blanche réalisée par nos soins qui indique : la famille, le nom français, latin, occitan et les usages (sauf pour le jardin botanique où nous n’indiquons pas les usages).

 

Jardin d’inspiration médiévale

Ce jardin a été installé dans un ancien potager clos de murs et pourvu d’un système d’irrigation traditionnel avec relevage de l’eau de la source de la Gardie qui a été réhabilité. Le jardin est organisé en espaces délimités par des plessis de châtaignier. Les plantations sont en premier lieu des plantes potagères (feuilles, racines, légumineuses), quelques plantes industrielles (tinctoriales, tissage), aromatiques, condimentaires et médicinales, magiques, des arbres fruitiers et des fleurs parmi lesquelles trônent la rose, le lys et l’iris.

 Ce potager a été mis en place de 1997 à 2001 par les bénévoles de l’association ARC’Avène et créé par une de nos bénévoles, Madame Suzette Blandina, enseignante à la retraite. Elle a mené un important travail de bibliographie et de confrontation des écrits existants afin de sélectionner les 86 espèces présentes. Celles-ci proviennent de collecte de plants et de graines dans la nature environnante, de bouturage, de foires aux plantes rares et de catalogues spécialisés (graines Baumaux, ferme sainte Marte). Durant ces quatre années, il a fallu mener un colossal travail de débroussaillage, réhabiliter l’enclos en pierre sèche, le mazet et sa toiture en lauzes calcaires, remettre en état le système de relevage et d’écoulement des eaux d’arrosage, mettre en place les plessis de châtaignier et mener les travaux de jardinage.

 Chargé d’histoire et de géographie, ce jardin présente les légumes cultivés avant les grandes découvertes. Point de tomates, ni de haricots, ils ne sont pas encore arrivés d’Amérique. A vocation pédagogique, il permet d’aborder les questions de l’eau avec petits et grands.

 Nous mettrons ici en lumière la délicate question de la rigueur des données transmises dans les jardins historiques et d’usages : fait notable dans l’histoire de la mise en œuvre de ce jardin. Il a effectivement fallu beaucoup de persévérance et de passion afin d’adopter une rigueur systématique d’identification de la plante tout en se confrontant aux écrits pour une forme de vérification.

 

Jardin de simples

Protégé par de hauts murs de pierres sèches qui lui servent d’écrin, ce jardin est un ancien enclos ayant servi à garder les animaux la nuit.

Envahi par les arbres et les broussailles, il a  été rénové et aménagé. Des terrasses ont été construites ainsi que le mazet. Quelques arbres ont été conservés comme le genévrier cade situé au centre. L’espace ainsi créé appelle à la promenade et à une certaine contemplation.

Des santolines, des buis et des lavandes bordent des carrés ou planches qui réunissent les plantes utiles les plus employées dans la région.  Les remèdes majeurs d’affections et de maladies les plus courantes, les plantes alimentaires et condimentaires, les plantes ludiques sont cultivées dans ces carrés par famille d’usage. Ce moyen mémotechnique permettait d’apprendre l’usage des plantes ainsi regroupées.

 Ce jardin a été conçu par Suzette Blandina et réalisé de 1995 à 2001 par l’association ARC’Avène. En 1995 le groupe de recherches Archéologique Alésien G.A.R.A. nous donne Feu vert pour entreprendre les travaux de réhabilitation. Dès l’été un premier chantier international se met en place pour le débroussaillage de l’enclos et de la source, puis le traçage d’un sentier de liaison. L’année suivante nous pilotons un second  chantier international  pour le débroussaillage, le nettoyage et la réhabilitation des murs. Nous embauchons un technicien formateur pour les murs en pierres sèches. Le terrassement nécessitant un apport de terre est effectué par une entreprise. Nous construisons un mazet et posons deux cuves de réserve d’eau de 1000 litres chacune qui seront raccordées au réseau de la source et suivie d’un système d’arrosage. Les premières collectes et plantations se font en 1998. Les aménagements se termineront en 2001 par la pose des portes de l’enclos et du mazet et la pose du panneau de lave dans le mur Est de l’enclos. Les 180 espèces présentées dans ce jardin ont été collectées, pour la plupart, sous forme de graines ou de jeunes plants dans la nature proche, dans des anciens jardins et autour des mas environnants.

 Lieu de mémoire et de savoir, ce jardin témoigne de l’utilisation des plantes dans la vie quotidienne en Basses Cévennes au début du XXème siècle. Il est en fait un peu plus qu’un jardin de simples puisqu’il comporte des plantes médicinales, mais aussi plantes d’usages, ludiques, aromatiques, magiques… qui évoquent un passé où l’homme et son environnement étaient intimement liés. Espace de détente comme un cocon d’attention au cœur de la garrigue sauvage, il transporte le visiteur dans le monde merveilleux des senteurs. Nous y développons diverses animations  pédagogiques en aiguisant les sens autour des odeurs.

 Les choix de disposition d’installation et d’arrangement des plantes dans les jardins n’ont pas toujours été faciles… Classer les plantes par usages présente certains inconvénients. Une plante médicinale  ayant plusieurs usages, comment savoir où la placer dans les parcelles ? Par exemple, faut-il ranger le sureau dans les remèdes pour les yeux ou les voies respiratoires ?

 

Verger Chartreux (projet en cours)

Ce verger conservatoire présentera, à travers différentes parcelles, une importante collection de fruitiers issue de celle du sénat, palais du Luxembourg à Paris et invitera à découvrir une richesse variétale souvent méconnue.

 Ce projet est né en 2007 d’un partenariat entre les jardins ethnobotaniques, le centre de pomologie d’Alès, le service nature du grand Alès, le Sénat et la mairie de Rousson. Une convention entre ces différents partenaires sera signée en 2008.  Pour le moment, 21 variétés ont été greffées à œil dormant : pommiers et poiriers essentiellement, une de prunier et une de pêcher. A terme, 160 variétés du catalogue des chartreux, soit 480 arbres fruitiers seront implantés à la Gardie. Différentes formes de taille et d’aménagement en polyculture seront proposées au public.

 Ce verger représente une duplication unique en France du verger chartreux du sénat composés de variétés anciennes parfois rares. Au-delà de sa vocation conservatoire, il endosse chez nous une vocation pédagogique et de transmission des savoirs : fruits, greffe, mode de taille…

 L’implantation de ce verger a mis à jour l’importance d’affirmer une cohérence permanente de l’ensemble des jardins et des objectifs poursuivis.  En accueillant des projets extérieurs, on s’expose à certains risques de divergence comme le choix des modes de culture par exemple (biologique ou chimique). La poursuite du travail partenarial permet cependant de trouver des compromis bénéfiques à chacun.

 

Rucher

De vieilles ruches entourées de plantes mellifères sont installées dans un endroit de bonne exposition pour la production. Nous exposons temporairement de vieux outils.

Autrefois dans les campagnes tout le monde avait une ou deux ruches. Leur fabrication dans des troncs de châtaigniers faisait partie des travaux d’hiver. Les buscs (ruches) devaient être tournées vers le levant et si possible à proximité d’un point d’eau et de plantes mellifères. Dès le mois de juin, les enfants étaient mobilisés pour la poursuite des essaims.

 L’association ARC’Avène avec la participation et les conseils techniques de M. J. Crespo, Rucher du Trental, a collecté de vieilles ruches, mis en place des plantes mellifères complémentaires de celles présentes sur le site (romarin, lavande, …), remonté des murs de pierre sèches et construit un socle en pierres sèches pour la pose du panneau explicatif en lave.

 Cet espace vient enrichir l’ensemble et créer un centre d’intérêt supplémentaire pour les visiteurs. Selon les anciens de la Gardie, les abeilles disparaissent peu à peu de ce territoire. Cet espace se fait donc le témoin de la générosité de l’abeille qui a si longtemps conféré à l’homme cinq de ses trésors (miel, pollen, gelé, propolis et venin). Il est important de rappeler au public l’enjeu de sa disparition puisqu’elle constitue aussi l’un des vecteurs principaux de la pollinisation des cultures potagères, fruitières et fourragères.

 

Espace charbonnière


Dans une clairière aménagée, vous pourrez découvrir la « meule » (charbonnière) et la cabane du charbonnier édifiées par les maîtres du feu. C’est l’ancien abri des charbonniers, personnages un peu retirés du monde, étroitement en contact avec la nature sauvage, la nuit, le feu. Alentour, le sol calciné témoigne de cette activité réalisée chaque année vers la fin du mois de septembre jusqu’à mi-octobre. Un four mobile, technique plus moderne de fabrication, complète l’ensemble. La fabrication du charbon de bois à partir du chêne blanc et surtout du chêne vert a longtemps constitué un revenu important de nos cévennes.

 L’aventure de la charbonnière commence pour notre association en 1990 lorsque nous construisons une première charbonnière dans les bois de Landas pour les journées de l’environnement avec l’aide d’un ancien maître du feu : M. Fernand DOLHADILLE. En 1997, le parc national des Cévennes nous sollicite pour construire et mettre en combustion une charbonnière à Florac. C’est un succès. Le Papé Fernand transmet son savoir. En 1998, grâce à ses précieux conseils, nous choisirons une clairière à Rousson et la première meule sera mise en combustion sur un emplacement s’incluant dans le projet de sentier de visite des jardins (travaux bénévoles). En 1999, nous préparons une nouvelle charbonnière et construisons en août la cabane du charbonnier. En 2000 et 2001, nous construisons au printemps une charbonnière au pont du Gard à la demande du Conseil Général du Gard, dans le cadre des journées de l’environnement. Depuis, chaque année nous mettons à feu une meule sur le site de la Gardie dirigée maintenant par le nouveau maître du feu : Pierre VASHALDE et l’équipe d’ARC’Avène, et collectons la mémoire des anciens charbonniers.

 Nous nous attachons à faire vivre les savoirs et savoir-faire accumulés autour de l’art de faire du charbon de bois. Conserver et transmettre ces savoirs, partager ce mode de fabrication traditionnel avec le public.

 

Ancien site métallifère

Les prospections de minerais métallifères témoignent de près de 4500 ans d’histoire. Le gisement de Landas était un gîte superficiel constitué de morceaux de calamine contenant de 20 à 40 % de zinc. Les vestiges miniers du secteur font partie intégrante du patrimoine local : trace de l’histoire du paysage et du territoire nous avons mis en valeur un ancien site d’exploitation minière artisanale.

 L’aménagement de cet espace a été conçu par ARC’Avène en s’appuyant sur une étude concernant les sites miniers du secteur réalisée par les étudiants de l’Ecole des Mines d’Alès.

Deux plantes l’armérie et le tabouret bleuâtre ont recolonisé le site. Une étude scientifique est en cours, elle est menée par M. J.Rabier et M. JP.Mevy de l’université Saint Charles de Marseille, en relation avec la Colorado State University à Fort Collins afin d’étudier les capacités de fixation des métaux lourds de ces plantes pour la dépollution des sols contaminés.

 Au-delà des usages des plantes en basse Cévennes, on observe sur le site de la Gardie l’histoire d’un territoire et des hommes qui l’ont occupé. Lorsque l’on parle de géologie, d’exploitation minière, de rucher ou de charbonnière, ne nous situons nous pas dans le domaine plus large d’une ethnoécologie reliant l’homme à l’ensemble de son milieu naturel ? Devrait-on alors se limiter aux relations exclusives avec le monde végétal dans les savoirs transmis au sein de jardins à dénomination ethnobotanique ?

Question d’avenir…

Les jardins ethnobotaniques de la Gardie sont les témoins des relations entre l’homme et son territoire dans le temps en basses Cévennes. Nés et construits sur les convictions et les savoirs de bénévoles passionnés dans un esprit citoyen de sauvegarde du patrimoine local et de l’environnement naturel, les jardins ont évolué vers une forme d’ethnobotanique vivante. Miroir de la société traditionnelle et de l’environnement botanique cévenol, reliant passé et présent dans une dynamique de transmission, les jardins de la Gardie souhaitent aujourd’hui affirmer leur légitimité à se prétendre de l’ethnobotanique en faisant évaluer et valider par une personnalité de l’ethnobotanique les travaux effectués au cours de ces dix années.

 Nous posons la question d’un passage du champ de  l’ethnobotanique à celui l’ethnoécologie sur un espace comme le nôtre. L’étude des relations entre l’homme et son milieu naturel au cours du temps sur un territoire implique en effet toutes les composantes naturelles de l’environnement et ne se limite pas au règne végétal.

Ce type de jardins pourrait représenter à nos yeux un lieu de mémoires où des passeurs de connaissances naturalistes transmettent au public enfant et adulte la conscience d’un lien homme nature essentiel à l’équilibre de tout écosystème anthropique. Par là, nous recherchons pour le présent et le futur de plus justes équilibres entre l’homme et la nature.

 La question de l’avenir des jardins et de leurs nouvelles orientations de fonctionnement se font de plus en plus pesantes pour l’équipe des bénévoles et des salariés. Ce projet lancé il y a une quinzaine d’années pourra-t-il aujourd’hui s’intégrer à un réseau  de l’ethnobotanique lui donnant force et légitimité pour poursuivre sa quête évolutive et son développement ?

 

Télécharger la plaquette des jardins : dépliant

Télécharger la présentation de l’histoire du site : presentation jardins ethno_recto-verso_2014

 


[1] ZNIEF type n° 61800001 et type n°61800000

[2] MNE : Maison Nature Environnement

[3] FACEN : Fédération des Associations Cévenoles Environnement Nature

[4] SPN : Société de Protection de la Nature